La nature source d’inspiration et d’interprétations

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Sommaire

1. Le dialogue entre la nature et le grès

2. Inspiration nature : les textures, formes et motifs utilisés en céramique

3. La palette des couleurs en poterie inspirée de la nature

4. Récits et narration au sein d’une œuvre

5.Des artistes d’exception

Tu m’as donné ta boue, j’en ai fait de l’or…
                                                            Charles Baudelaire

Que ce soit dans les matières premières, les formes, les couleurs et les textures, la nature est une source infinie d’inspiration en céramique. Le lien des potiers avec leur environnement est un socle essentiel dans leur processus de création.

Lorsque la municipalité de Séné a sollicité Matthieu pour réaliser des tuiles de faîtage, elle l’a fait avec une demande particulière : utiliser le plus possible les ressources qu’offre le golfe du Morbihan. Pour répondre à cette exigence, Matthieu a décidé de fabriquer sa propre terre. Pour cela, il a utilisé la boue de curage du port de Vannes pour un tiers de la composition finale, à laquelle il a ajouté un tiers de poudre d’huîtres. Il a complété ce mélange avec un tiers d’une terre à grès pour donner plus de plasticité à cette terre qu’il venait de créer.

Mais il lui a fallu faire de nombreux essais pour bien connaitre cette nouvelle matière qu’il a cuite à 1170 °C, et mener à son terme la commande en question. Ce temps de création s’est accompagné d’une profonde réflexion, car Matthieu menait un travail illustrant de manière unique la connexion intime qui existe entre l’art, la terre et la nature environnante. Cela dit, l’interaction entre les éléments naturels et la poterie ne se limite pas uniquement à la matière première ; elle se reflète aussi dans les formes, les textures et les couleurs que nous choisissons d’adopter. En partageant cette expérience, Matthieu souhaite explorer comment les éléments naturels peuvent enrichir nos créations en céramique, établissant ainsi un dialogue harmonieux entre l’homme et la nature.

Le dialogue entre la nature et le grès : comment la terre, une fois transformée, peut-elle refléter la nature elle-même ?

Les revendeurs de céramiques proposent à la vente des pâtes, qui sont de terres reconstituées, mais aussi de terres récoltées issues de gisements que l’on reconnait facilement dans un atelier par l’odeur de sous-bois qu’elles dégagent. Pour sa part, Matthieu travaille essentiellement le grès issu de gisements et comme tous les types d’argile, le grès provient de la décomposition de roches ignées et métamorphiques sur des millions d’années. La terre qu’il travaille est le résultat d’un long processus naturel. En s’installant au tour, face à ce matériau humble, le potier entre en dialogue avec des forces géologiques qui ont façonné notre planète.

Lorsque l’argile est ensuite cuite à haute température, elle subit une métamorphose. Cette transformation, qui est à la fois chimique et physique, est semblable aux processus naturels qui façonnent les montagnes, créent des cristaux dans les profondeurs de la Terre ou forment des perles d’huîtres. Ainsi, chaque pièce en grès est un écho de ces merveilles naturelles. Enfin, les motifs, les textures et les formes que l’on peut créer avec le grès et les émaux rappellent souvent les éléments naturels : le cours d’une rivière, l’écume de la mer sur les rochers, l’écorce d’un arbre… Ainsi, à chaque étape de son travail, le potier est au cœur de la nature, ce qui explique probablement pourquoi cette problématique du respect de la nature est tellement présente dans notre artisanat. Enfin, le grès particulièrement, s’il illustre à la fois la solidité de la nature, sa résistance et la constance des éléments naturels, il porte aussi en lui l’éphémère de la nature. Les nuances d’un émail, la fine cassure qui apparaît après la cuisson, ou même l’usure au fil du temps, tout cela évoque le cycle de la vie, de la naissance à la décomposition. Ainsi, même dans sa robustesse, le grès nous rappelle la fragilité et la beauté éphémère de l’existence.

Inspiration nature : les textures, formes et motifs utilisés en céramique

Chaque élément de la nature est une œuvre d’art en soi, offrant une infinité de textures et de motifs qui peuvent inspirer et être traduits dans le monde de la céramique. Au gré de promenades en forêt, au bord de l’eau, dans la campagne, l’artisan potier se demande souvent ce qu’il pourrait bien faire de ce qu’il ramasse, et comment le valoriser au cœur de son travail. L’année dernière, une élève, Julie Slama, a utilisé des coquilles d’huîtres calcinées pour fabriquer son émail. La recherche n’était pas tant de reproduire la nature que de recevoir ce que la nature offrait pour lui donner un nouveau sens.

Julie Slama, émail à la poudre d’huîtres

Les techniques pour recréer des textures ou formes naturelles

Écorce d’arbre : Par impression directe, en utilisant une véritable écorce d’arbre pressée doucement contre l’argile encore suffisamment souple, on peut obtenir une impression fidèle à la texture de l’écorce et absolument unique. Cela dit, on peut aussi imiter les rainures et les motifs d’une écorce avec des outils de modelage, et par ce biais, permettre une interprétation plus artistique.

Vagues : Des rouleaux ou des lattes avec des bords ondulés peuvent être utilisés pour simuler le mouvement fluide des vagues. Mais pour un rendu plus dynamique, on peut choisir de modeler l’argile, en créant des crêtes et des creux, et évoquer ainsi l’écume et le mouvement de la mer. On voit aussi beaucoup de potiers appliquer de la barbotine sur un pot fraîchement tourné. En coulant, la barbotine recrée le mouvement des vagues. Le choix de l’émail, dans sa texture et sa couleur, viendra achever le mouvement recherché.

Formations rocheuses : Pour cela, on peut utiliser des pierres ou des fragments de roche pour estamper l’argile, créant ainsi une texture qui rappelle les formations rocheuses naturelles. La technique d’ajout d’agrégats permet d’incorporer des particules (comme du sable ou des petits cailloux) à l’argile pour donner une texture rugueuse semblable à celle de roches. Quant à l’émail, il peut à lui seul évoquer les formations rocheuses. C’est tout l’intérêt de fabriquer soi-même ses émaux, car on peut ainsi donner corps à ses propres inspirations.

Matthieu Liévois, coupe coquillage

Les motifs inspirés par les plantes, les animaux, et les éléments

Les plantes : En utilisant de véritables feuilles ou fleurs, on peut soit les presser contre l’argile pour obtenir une empreinte, soit les utiliser comme pochoirs lors de l’application des émaux. Avec des outils, il est possible de sculpter des motifs floraux, là encore pour une représentation stylisée, artistique et personnelle de la flore.

Les animaux : Si l’on a accès à des empreintes d’animaux (par exemple, un moule d’une empreinte de pas), elles peuvent être pressées dans l’argile pour une représentation fidèle et constituer un motif de décor. Certains émaux sont tellement proches de la peau animale qu’on les appelle écaille de poissons, peau de serpent, plume de perdrix, fourrure de lièvre. Quant aux émaux rouges de cuivre, les rouges les plus profonds sont appelés « rouge sang de bœuf». 

Rouge sang de bœuf sur porcelaine. Argiliterre l’Atelier.

Les éléments : Le feu, l’air et l’eau. En jouant avec les réactions d’émaux et les techniques de cuisson, on peut évoquer les flammes et l’énergie du feu sur une pièce. Outre les motifs de vagues, les coulures d’émaux ou les émaux superposés peuvent évoquer la fluidité et la transparence de l’eau. Un simple bleu de fer évoquera aussi bien la transparence de l’eau que la limpidité du ciel. Les techniques de soufflage, d’ajout de bulles d’air, peuvent suggérer le mouvement de l’air ou la légèreté des nuages.

Ainsi, l’argile en tant que matériau, offre une toile vierge sur laquelle les potiers peuvent exprimer leur vision de la nature. En maîtrisant les techniques et en explorant les motifs, ils peuvent capturer la magie de la nature dans chaque pièce qu’ils créent.

La combinaison poterie et bois

Le bambou et d’autres bois peuvent servir d’anse, notamment aux théières. Des branches brutes peuvent être intégrées à des sculptures ou servir de support pour suspendre des carillons par exemple. Des oiseaux en céramique peuvent être disposés sur une branche…Les idées de création intégrant des morceaux de bois sont innombrables, qu’elles soient figuratives, utilitaires ou imaginaires.

La mosaïque

Lors d’un précédent article, nous avions parlé de la mosaïque à réaliser avec des pièces cassées. Là aussi, la nature est un puissant lieu d’inspiration. Pour commencer ce type d’activité, je peux vous conseiller un livre très bien fait, Mosaïques d’un naturaliste :

La palette de couleurs en céramique inspirée de la nature

La nature est un trésor inépuisable de teintes, nuances et couleurs qui peuvent être reproduites et interprétées en céramique grâce aux émaux. Le grès à haute température permet d’explorer cette richesse chromatique. La clé réside dans la maîtrise des émaux et des techniques de cuisson pour capturer l’essence de ces teintes naturelles.

Utilisation des émaux pour évoquer des teintes naturelles :

  • Toutes les teintes du vert, du vert céladon au vert mousse en passant par le vert amande :

Les émaux à base de chrome, mais aussi de cuivre selon l’atmosphère de cuisson, permettent une variété de verts : du vert clair semblable à la mousse au vert foncé des forêts profondes. On peut créer des nuances grâce à une application sur des émaux à l’oxyde de fer comme sur un Tenmoku. Le bleu de l’océan ou celui du ciel :
Les émaux à base de cobalt : le cobalt est l’ingrédient de prédilection pour obtenir des bleus vifs. En ajustant la quantité de cobalt, en le mêlant à d’autres oxydes comme le chrome, le fer ou le manganèse, on peut obtenir une gamme allant du bleu ciel au bleu profond de l’océan. Un émail bleu posé sur un émail au fer pourra créer l’effet des vagues sur des rochers. Dans une atmosphère réductrice, possible dans un four à gaz, une faible quantité d’oxyde de fer permet d’obtenir un bleu limpide comme celui d’un ciel sans nuage.

Matthieu Liévois

Les tons de terre et d’automne : Les émaux à base de fer peuvent produire une gamme de bruns terreux, du brun doux à un brun rouille intense. La quantité de fer et les conditions de cuisson influenceront le résultat final. L’ajout du manganèse ou du rutile enrichiront la palette de bruns, apportant des nuances dorées ou de teintes plus sombres.

Matthieu Liévois
  • Les techniques de superposition d’émaux sont à connaître pour obtenir des dégradés et des nuances subtiles. On peut poser une première épaisseur d’émail au trempage, par exemple un Tenmoku, et avant que cette première épaisseur ne soit trop sèche, on peut poser une autre épaisseur, notamment au pistolet, car ce dernier permet d’ajouter de l’émail sans gorger la pièce d’eau. Il est possible d’ajouter encore des émaux pour dessiner littéralement sur la pièce, ou jouer avec les effets que le processus de cuisson donnera à la matière. Outre le pistolet à émail, on peut tout à fait dessiner au pinceau ou encore utiliser la technique du tamponnage.

4. Récits et narration au sein d’œuvre

À travers son travail, le potier s’exprime, la terre est son langage, son mode d’expression. Une pièce de céramique peut raconter une histoire, le potier peut évoquer des émotions, rappeler des souvenirs et provoquer des réflexions chez le spectateur. Nous avons vu précédemment la réflexion que nous pouvons avoir dans le seul fait de travailler la terre. Un récit ajoute une signification supplémentaire à l’œuvre, invitant le spectateur à explorer et à interpréter davantage. Pour cela, le céramiste peut instaurer des techniques de narration. Que ce soit en modelage ou par les émaux, on peut utiliser des symboles et des motifs pour aborder un thème spécifique ; la texture, le relief, les couleurs vont provoquer des sensations, susciter des émotions. Un grand plat, émaillé avec des superpositions permettant un camaïeu de verts, laissant apparaître du brun, peut représenter la faune et la flore luxuriante d’un marais. L’œuvre raconte ainsi la richesse de la vie dans les zones humides et rappelle leur importance pour les écosystèmes.

Matthieu Liévois

Une série de quatre assiettes, chacune représentant une saison, utilise des couleurs et des motifs pour évoquer les sensations et les paysages de chaque saison, racontant ainsi l’histoire du cycle annuel de la nature. Une pièce importante avec des émaux rouges, oranges et noirs, peut quant à elle évoquer une éruption volcanique. L’œuvre raconte la puissance et la beauté destructrice de la nature, et la régénération qui suit souvent ces événements cataclysmiques.

Matthieu Liévois

Conseils pour les potiers : recherchez l’inspiration, lisez, observez, immergez-vous dans la nature et les récits qui vous touchent. Esquissez vos idées, dessinez ou écrivez pour clarifier votre vision. Essayez différentes techniques et approches jusqu’à ce que votre pièce raconte l’histoire souhaitée. Alice Urien, qui intervient à Créamik en tant qu’assistante de cours, s’émerveille devant la nature et nous livre quelques-uns de ses récents clichés pris lors de sa visite à l’insectarium de Lizio :

https://www.facebook.com/atelierterreprecieuse

Transmettre un récit à travers une œuvre en céramique est un défi passionnant. C’est une invitation à réfléchir, à ressentir et à se connecter à la fois avec l’artiste et avec la nature elle-même. Quand c’est bien fait, le résultat est une œuvre qui résonne longtemps après que le spectateur l’a vue.

5. Des artistes d’exception

Jean Girel et Daniel de Montmollin sont des potiers réputés pour leur maîtrise exceptionnelle du grès à haute température et leur inspiration profonde tirée de la nature. Jean Girel, puise son inspiration dans la nature environnante. Il est reconnu pour sa capacité à reproduire des peaux de reptiles, de félins. Jean Girel est aussi peintre et il fait de véritables tableaux de paysages sur ses créations. Avec une approche presque spirituelle de la poterie, Daniel de Montmollin combine sa profonde spiritualité avec une excellente maîtrise technique pour créer des œuvres inspirées par et pour la nature.

Son livre intitulé Le jardin du potier, illustre à quel point toute son œuvre est marquée par ses déambulations dans la nature pour en découvrir la richesse naturelle et la richesse révélée par l’art du potier.

Daniel de Montmollin

Ainsi se clôt notre article sur le dialogue intime entre nature et création. Grâce à sa technique et sa maitrise des émaux, le potier arrive à réinterpréter les beautés de la nature, à s’en inspirer de façon intime, à créer sa propre histoire.

Créez la vôtre !

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animé par Matthieu Liévois,
potier-céramiste depuis plus de 40 ans et fondateur de l’école Créamik

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